Françoise Docquiert, critique d’art, maître de conférences à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne, 2013

A travers ses clichés, j’ai vu Alexandra Catiere, avec patience et méthode, s’étoffer, prendre ses marques, s’attacher à capter un certain ordinaire, une multiplicité d’images que nous percevons comme les bruits mêmes de nos vies, qui se répètent et forment un quotidien. J’ai découvert des photographies que ne peuvent cerner totalement ni le langage ni la connaissance. Des clichés comme lieu utopique sur lequel le temps n’agit pas, sinon sur le mode de la permanence et de l’immuable avec comme seule marques l’histoire qu’elle raconte: des visages, des dos d’hommes et de femmes, des corps ou des parcelles, des paysages sous la neige ou dans la brume, tout un abécédaire personnel qui fascine, séduit et interroge.

Au premier regard, Alexandra explore le familier, presque le commun. Qui d’entre nous ne s’est pas appuyé le dos à un banc pour regarder l’océan ?

Qui n’a pas rêvé devant un paysage de neige ? Mais parce qu’il est évident, toujours là, l’ordinaire est-il pour autant transparent et acquis ?

Et si le simple fait de prendre la peine de s’y arrêter, de le penser, faisait prendre conscience de son inquiétante étrangeté. Pourquoi ses images nous paraissent

elles ne s’intéresser, en définitive, qu’aux marges ou à ceux qui y vivent ?

 

Alexandra Catiere a une approche particulière de la photographie.

Si elle ne privilégie aucun appareil, elle trouve juste le noir et blanc, plus dense et mettant en valeur sa propre transcription du réel.

Elle fait elle-même ses tirages dont elle aime jouer avec la matière. C’est un des principaux moyens de donner un écho à l’image selon

qu’elle la rend plus claire ou plus sombre, plus chaleureuse ou plus froide. Enfin elle réfléchit pour chaque cliché à une taille